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Alexandre
Castant, Le
Son contre l'Image ? (I)
Hors du cadre
d'un dispositif audio-visuel, ou multimédia, qui ressort du cinéma, de
la vidéo, ou des nouvelles technologies, il n'existe aucun caractère d'évidence
à relier l'image et le son. Il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui la
présence du son dans l'art est continue. Le son contre l'image ?
Si l'on veut bien prendre " contre " dans sa double
acception de contiguïté et d'opposition, quelques pistes, forcément lacunaires,
visant à interpréter cette présence simultanée de l'image et du son, seront
ici approchées.
Depuis les
années 70, la présence du son dans lart contemporain na cessé
de saffirmer. Les artistes interrogent les formes visuelles à travers
le son et développent pour cela des espaces souvent irréductibles aux
genres. Cest lactualité et la variété de cette création que
j'aborderai maintenant, ainsi que la possible signification éthique d'une
utilisation du son " devant " l'image (j'emploie le
terme éthique au sens où Susan Sontag, en ouverture de son texte Sur
la photographie, parle de l'éthique du regard que la photographie
interroge).
Toutefois
une courte mise en perspective historique reste importante. Car les relations,
entre le monde sonore et celui du visible, connaissent une tradition qui,
du clavecin oculaire du père Castel au Symbolisme, de Kandinsky à Schwitters,
de Fluxus à la sphère audio-visuelle, traverse lhistoire de l'art.
Panorama
A l'orée
du vingtième siècle, le nouveau monde était technique, donc sonore. Comme
l'esthétique de la ville ou de la vitesse, celle du son participait d'une
écriture de la modernité et de son avènement, telle que Luigi Russolo
les a notamment précisés dans L'Art des bruits. Pour les futuristes
le son était l'expression de la dynamique d'un nouvel espace : sa transformation
à travers les nouvelles techniques. Or, dans la même acception de modernité
technique, le son c'est fondamentalement l'objet qui l'enregistre, le
conserve, le diffuse, c'est le support qui permet de le transmettre et
d'en suivre la mobilité, de le représenter virtuellement.
Avec le groupe
Fluxus, le son fera " signe " à travers des supports
d'enregistrement, ou des instruments, dont la valeur plastique intègre
l'espace de l'uvre.
John Cage,
par exemple, présente dans des installations comme 33 1/2, 1969,
une mise en espace de tourne-disques et, dans Mozart Mix, 1991,
une autre mise en espace, de cassettes de magnétophones cette fois, dont
le dispositif de fonctionnement est montré.
Dans Plight
(1958-1985), Joseph Beuys insère la présence d'un piano dans
un lieu tapissé de couvertures qui, par ailleurs, en réchauffent bien
sûr la température. Le spectateur se promène dans cet espace qui, clos
et sourd, modifie le son de ses pas. Ce volume se module à travers la
perception, thermique et sonore, que le spectateur a du lieu.

Charlotte
Moorman
7 Photographies
(détail)
photo: B. Adilon pour
Musique en scène, Musée d'Art
Contemporain
de Lyon, 12 février-11avril 1999
Discover
Charlotte from her tape of the 1960s, 1999
est une installation de vidéos de Nam June Paik, convoquant l'écriture
de l'aléatoire propre à Fluxus, et qui rend hommage à Charlotte Moorman.
Dans ces performances classiques comme Opera Sextronique, 1967
ou TV Cello, 1972, Charlotte Moorman, violoncelliste toujours au
bord du vacillement et de la rupture, transgressait et renversait continûment
l'espace musical, scénique et plastique.
Si les artistes
Fluxus impliquent cette présence sonore dans leur uvre c'est que
l'utilisation du son procède de leur projet : le recul des limites
des arts et une communication incessante entre artistes et musiciens doivent
désorienter la tradition écrite de la musique, perturber les codes sociaux
du concert et l'utilisation des instruments de musique " classique "
comme le piano ou le violoncelle (c'est notamment le cas chez Joseph Beuys
et, différemment, chez Charlotte Moorman). Pour Fluxus, le son institue
une nouvelle relation à l'espace : car l'espace est, tout à la fois,
appréhendé comme lieu d'écriture et comme lieu social de l'artiste. De
plus, le son permet de lire avec une certaine nouveauté, et notamment
grâce aux enregistreurs sonores, la question du temps. Sur ces propositions
(temps, espace) va s'articuler une première contemporanéité de la question
du son.
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